Jeudi 7 Décembre

Nous allons la voir cet après-midi, comme tous les jours.

Ce matin, Delphine a commencé à trier et ranger ses affaires afin de pouvoir préparer une petite valise avec ce qui pourra lui être utile pour les jours à venir.

Si vous avez des idées, n’hésitez pas à nous les dire.

Nous allons lui laisser deux petits livres qu’elle aime bien à l’hôpital, un avec des textes, l’autre avec des photos. Vous pourrez lui montrer les photos et lui lire quelques textes.

Retour tardif de l’hôpital.

Malgré une fragilité perceptible, elle va plutôt bien (si tant est que nous n’en sommes qu’au début de son long chemin).

Quand je suis arrivé, elle était en plein repas à base de purée de carottes et de dinde mixée avec un yaourt. Et tout ça en regardant la télé…

Pour la salade aux champignons, on attendra un peu.

Ses phrases sont très simples mais le ton de sa voix est meilleur, l’extubation étant encore très fraîche.

Quand on lui a demandé ce qu’elle regardait, elle à répondu « des conneries ».

Quand je lui ai demandé qui était passé la voir, elle m’a répondu « Martialito ». En revanche, elle ne se souvenait pas de qui d’autre était passé (Clément, Nicole).

A Nicole, quand elle est arrivée dans sa chambre, elle a dit « comment vas-tu ma biche » et s’est souvenue du surnom qu’elle lui donnait (que nous garderons secret), pour finir en lui disant « j’ai la tête dans le cul ».

Je pense laisser un petit agenda à son chevet afin que chaque personne qui passe note quand elle est passée, voire laisse un petit mot.

Delphine lui a lu un passage du livre que nous lui avons apporté et quand elle lui a montré le livre de photos de chat, elle a demandé ce qui était écrit à côté de la photo.

Demain, je lui apporte ses lunettes.

Un petit mot pour terminer. Si vous allez la voir, essayer de ne pas la submerger de questions ni de trop lui demander si elle se souvient de telle et telle chose, personne, événement… Elle est toujours très fragile et la forcer à réfléchir peut la mettre mal à l’aise en la confrontant à son état. Yann va demander à Olivier (merci pour ton aide) quelle est le meilleur comportement à adopter dans sa situation. N’oublions pas qu’elle est toujours en réanimation.

 

 

Mercredi 6 Décembre

Yann vient d’avoir l’hôpital au téléphone.

Ils ont du l’attacher à son lit car elle cherche à se lever pour quitter sa chambre…

Elle nous aura tout fait !

Nous y partons dans quelques minutes avec Julien et Delphine pour nous rendre compte de la situation sur place.

Quand je suis rentré dans sa chambre, elle était contente de me voir et elle m’a dit « tu sens bon ». Ensuite elle m’a redit que c’était le bordel.

Je lui ai demandé si elle se souvenait que Nicole était passée la voir hier et qu’elle lui avait chanté « j’me présente je m’appelle Henri » et la maison bleue. Elle s’est mise à chanter « C’est une maison bleue… » suivi par « Nous n’irons plus au bois… »

Pour finir, elle regardait ses appareils et m’a dit que le computer allait computer.

Les infirmières m’ont demandé de sortir car elles la mettait au fauteuil.

Une fois installée, je suis revenu la voir dans son fauteuil et lui ai demandé de sourire pour que je fasse une photo pour Yann. Elle a sourit.

Elle a continué à me dire que c’était le bordel et m’a dit : »Doudou, c’est compliqué »

Ensuite, j’ai laissé Delphine et Julien passer du temps avec elle.

Avant de partir, j’ai jeté un œil à sa feuille quotidienne. Ce midi, au déjeuner, elle avait de la purée de carottes et de la dinde mixée et un fromage blanc force+. Le commentaire est : « a très bien mangé, a pris tout son plateau, le plat chaud et un fromage blanc. La compote de pommes a été laissée pour 16h. »

Sinon, même si sa voix commence à être plus audible, elle est encore très fragile et on sent qu’elle est extrêmement confuse avec des phases où elle semble être déconnectée.

Souvenons nous d’où elle revient, qu’elle n’est sortie du coma que depuis dimanche dernier et que la route va être encore très longue.

Enfin, j’ai eu la confirmation qu’elle quittait la réanimation demain pour passer au service de neurochirurgie.

Mardi 5 Décembre

Son extubation datant d’hier, j’espère qu’elle sera plus bavarde et que, comme des mots d’enfants, je pourrais remplir un carnet de jolie phrases. Et vu comme ça a commencé…

13h30 : Yann vient d’avoir ses infirmières au téléphone. Elle respire maintenant toute seule.

Elle tient des discours normaux mais replonge au bout d’un certain temps. Ca ne fait que deux jours qu’elle est réveillée.

Ils ont commencé à lui réintroduire la nourriture.

Nous sommes allés la voir cet après-midi avec Julien, avant d’aller chercher Delphine sa douce parturiente.

Les quelques mots qu’elle m’a dit :

  • On se fait chier,
  • Ça me fait chier,
  • C’est juste casse couilles.

Et à un moment, quand je suis rentré dans sa chambre, elle m’a dit : « mon pauvre… »

Plus tard, je l’ai trouvée endormie avec un petit ours en peluche sur son épaule.

J’en ai profité pour discuter avec le médecin qui m’a expliqué que ses fonctions vitales permettaient son transfert en unité neurochirurgicale demain ou après demain pour commencer à évaluer plus précisément les impacts de son traumatisme.

Il m’a confirmé qu’elle aurait des séquelles non encore définies.

Pour son caillot, ils ont pris le parti de ne pas y toucher pour l’instant car d’après le dernier scanner, il serait en train de se résorber.

Après un séjour en neurochirurgie d’environ un mois (moins serait le mieux), elle sera transférée dans une unité de rééducation où ils seront plus à même d’évaluer ses séquelles (on parle de quelques mois) et pour mettre en place toutes les actions nécessaires à l’aider à recouvrir le maximum de ses capacités disponibles.

En sortant de l’hôpital, je reçois un coup de fil de Nicole qui était allée la voir en fin de soirée.

Quand Nicole est rentrée dans la chambre, son amie Nathalie était déjà là. Elle a demandé à Jocelyne de lui présenter.

Sa réponse est sortie immédiatement : « je m’présente je m’appelle Henri » suivi par « C’est une maison bleue… »

Plus tard, elle lui a dit : « T’es belle Nicole » et elle lui a pris la main en la regardant, comme si elle ne voulait pas la laisser partir…

Toutes ces nouvelles sont de belles nouvelles qui nous encouragent à penser que tout va bien.

Cependant, elle reste extrêmement fragile et nous devons tous rester prudents dans nos enthousiasmes.

Il va falloir beaucoup, beaucoup de temps avant qu’elle revienne parmi nous.

 

Lundi 4 Décembre

Une nouvelle journée sous le signe du combat.

Aujourd’hui, ils vont essayer de lui retirer le respirateur.

Yann et Isabel reprennent le train pour Besançon en début d’après-midi. J’irai la voir une fois que je les aurai déposés à la gare.

Elle a été extubée à 14h.

C’est le kiné qui est venu me chercher dans le couloir en me demandant si j’étais bien Jean-François… Elle avait prononcé mon nom.

Je suis allé la voir. Elle est assez agitée et s’est mise en travers dans son lit. L’infirmière à qui je le signale et qui vient la remettre dans une position plus confortable me dit que ça ne risque pas de s’améliorer car c’est un vrai asticot…

Sa phrase du jour (je la cite) :

« C’est le bordel. »

Dimanche 3 Décembre

Ce matin nous allons appeler pour avoir les résultats du scanner.

Je mettrai les informations dès que nous les aurons et nous irons la voir cet après-midi.

Nous venons d’arriver dans sa chambre.
Elle a les yeux ouverts depuis ce matin et elle nous reconnaît en esquissant un sourire derrière son appareil respiratoire.

Yann lui a demandé si elle le reconnaissait et de cligner deux fois si oui.
Sa réponse a été immédiate.

Quelle belle étape pour ce 3 décembre.

Samedi 2 Décembre

Cet après-midi, après avoir déjeuné chez sa petite cousine, Yann et Isabelle sont partis directement la voir à l’hôpital.

De mon côté, je suis allé chercher Julien à la gare de Lyon, mon petit frère de coeur, pour les rejoindre après.

Les antibiotiques et le Loxen (pour sa tension) sont arrêtés depuis ce matin.

Quand Yann et Isabelle sont allés la voir, elle était très agitée, avec des mouvements spastiques des jambes, des mains et des paupières.

Après ses massages, nous sommes entrés dans sa chambre avec Julien. Son pouls était régulier à 80 mais un peu désordonné.

Devant nous, elle a continué ses mouvements des jambes et a ouvert les yeux à deux reprises sans regard.

Nous sommes partis quand ils l’emmenaient passer un scanner. Nous appellerons dans la nuit pour avoir les résultats.

Vendredi 1 Décembre

Voilà, nous attaquons le mois de décembre et son calendrier de l’Avent.

Nous rentrons de l’hôpital où Clément, Yann et moi avons pu discuter avec le médecin afin de faire un point précis sur son état de santé et commencer à envisager les hypothèses pour son avenir.

Aujourd’hui, ils ont enlevé le capteur de pression intracrânienne car son système est capable de la réguler tout seul. En revanche, elle est toujours branchée sur l’assistance respiratoire qui prend le relais quand elle n’y arrive pas toute seule.

Tous les produits de sédation ont été enlevés mais comme elle fait une pneumopathie, elle a des antibiotiques (le tuyau est un point d’entrée pour les infections).

Même si son pronostic vital est toujours engagé, sa situation est relativement stabilisée.

Maintenant, parlons des étapes à venir…

D’abord, elle doit acquérir l’autonomie respiratoire et la faculté de tousser (ce qui permet de gérer et d’éviter les fausses routes, en particulier pendant le sommeil).
Cela peut prendre un certain temps mais ce sont les premières clés nécessaires pour envisager son transfert dans un service de rééducation (Garches).
Ensuite, elle doit sortir du coma et établir une communication à minima : réponse aux ordre, communication visuelle…

Si ces deux étapes ne sont pas réunies dans les trois semaines, sa dépendance sera extrêmement importante.

C’est seulement après qu’il sera possible d’évaluer les séquelles et une estimation du temps nécessaire…

Mais avançons étape par étape.
Alors, voilà notre calendrier de l’Avent.

Jeudi 30 Novembre

Yann et Isabel sont dans le train et arrivent à Paris à 11h59.

Je vais les chercher à la Gare de Lyon et nous irons la voir directement.

Nous venons de rentrer de l’hôpital.

Elle n’arrête pas de bouger, les jambes, les bras, les mains et ses yeux sous les paupières.
Elle continue a essayer de recracher son tuyau de vie.
Malheureusement, le tuyau lui a déchaussé une dent.
J’ai demandé qu’une fois retirée, il la mette de côté pour la Petite Souris.

Elle continue sa remonté de coma. La question qui reste en suspens est quand va-t-elle en émerger en pleine conscience.

Nous y retournons demain pour faire un point détaillé avec le médecin.

Mercredi 29 Novembre

Je vais la voir cet après-midi.

Nous arrivons avec Margot, le temps de passer au secrétariat pour prendre rendez-vous vendredi après midi avec son médecin (Yann vient demain à Paris).

Je rentre dans sa chambre, premier constat, son coeur bat à 70 avec une belle courbe.

Je m’approche d’elle pour l’embrasser et elle se met à remuer les jambes et à tousser sur sa tuyauterie, comme si elle cherchait à se débarrasser de ce morceau de plastique qui la gène.

Le médecin que nous devons voir vendredi arrive et prend le temps de m’expliquer qu’ils ont arrêté la sédation, que son respirateur est en mode « mixte », à savoir qu’il reprend ses fonctions quand elle ne respire pas d’elle même et que sa pression intracrânienne fonctionne plutôt bien, elle monte et redescend (il ont aussi prévu de retirer le capteur de pression demain).

Bref, malgré le fait que son pronostic vital soit toujours engagé, plutôt de bonnes nouvelles.

Maintenant la question est combien de temps elle va pouvoir mettre pour se réveiller, à savoir, être autonome pour la respiration et plus, ce qui permettrait de procéder aux explorations permettant d’évaluer précisement les dégâts et les séquelles et avoir une première estimation du temps nécessaire.

Mardi 28 Novembre

Le staff doit être en cours, dès que nous avons des nouvelles, je les publierai.

Yann les a eu au téléphone cet après-midi, résultat : on ne touche pas à son caillot et on essaye de la faire remonter du coma lentement et gentiment.

Il n’est pas possible d’utiliser des anti-coagulants à cause de l’hémorragie.

Nous aurons plus de nouvelles dans les jours à venir.