Dimanche 17 Décembre

La fièvre est tombée, j’ai l’impression d’avoir passé ces derniers jours dans une machine à laver sur le programme essorage mais bon, je vais la voir cet après midi.

Quand je suis arrivé dans sa chambre, elle dormait avec ses lunettes sur le nez. Toutes ses attaches étaient défaites.

Dès qu’elle s’est réveillée, elle a commencé à s’énerver en me disant qu’elle n’arrivait pas à me joindre au téléphone et qu’elle avait vu le médecin ce matin qui lui avait dit qu’elle pouvait rentrer chez elle. Ce à quoi je répondais que ça n’allait pas être possible.

Elle m’a demandé si j’étais garé loin à quoi j’ai répondu oui, assez loin et elle m’a dit, c’est pas grave, on va prendre un Uber…

Son énervement montant, je lui ai dit qu’hier elle avait engueulé Clément et elle ma répondu que c’était parce que Clément ne savait jamais répondre aux questions et qu’il n’était au courant de rien.

Après ça, elle m’a demandé où était le chat, j’ai répondu à la maison, elle m’a demandé laquelle, elle m’a soutenu mordicus qu’on en avait deux…

Son excitation augmentant, et ses propos à mon encontre devenant de plus en plus désagréables, je lui dit que je préférais partir et que je reviendrai demain où qu’elle soit. Elle est partie en vrille « puisque c’est comme ça, c’est plus la peine de venir me voir.. »

J’ai quand même du insister en lui expliquant qu’elle avait eu un grave accident avec des complications… Ce qu’elle n’a pas cru.

A un moment, elle m’a demandé d’appeler le médecin pour qu’elle signe sa sortie. devant mon refus, elle a décidé de se lever pour aller le chercher elle-même. Je confirme qu’elle tient debout mais c’est un château branlant.

L’infirmière est arrivée à ce moment là et lui a proposé de refaire son lit. Elle m’a demandé si je me souvenais d’elle car elle était la fille du monsieur qui promenait le petit chien…

Voilà le seul retour que je peux faire aujourd’hui. Je la trouve très fragile et toutes les avancées que nous percevons tous comme des victoires ne doivent pas masquer les troubles auxquels elle va devoir avoir à faire face.

Samedi 16 Décembre

Voilà quatre semaines qu’elle est tombée dans l’escalier…

Quatre semaines de combat durant lesquelles elle nous aura tout fait. Mais de toute évidence, elle résiste le mieux possible.

Clément doit y aller cet après-midi. Pour ma part, je verrai en fonction de mon état.

Mon état n’ayant pas évolué, j’ai choisi de rester à la maison pour ne pas lui refiler mes microbes.

Clément m’a appelé dans l’après-midi pour me dire qu’elle était extrêmement énervée et qu’elle lui demandait à quelle heure je passais la prendre pour la ramener à la maison.

je me bourrerai de médicaments pour aller la voir demain après-midi.

Je pense que les jours à venir risquent de ne pas être simples.

J’ai eu quelques précisions d’une personne qui est passée la voir en fin de journée et qu’elle a reconnue immédiatement en expliquant à l’infirmière qui était là dans quelles conditions ils s’étaient connus.

De plus elle lui a dit qu’elle avait engueulé Clément.

Sinon, elle essayait de m’appeler avec le téléphone qui est sur sa table de chevet mais pas branché en composant son numéro dont elle se souvient parfaitement car elle voulait m’appeler pour me demander d’aller la chercher pour la ramener à la maison.

 

Vendredi 15 Décembre

Vu l’état dans lequel je suis, je n’irai pas la voir cet après-midi, ne serait-ce que pour ne pas lui refiler plus de microbes.

Donc, hier, j’ai vu son assistante sociale qui m’a donné des informations sur toute la paperasserie à faire et nous avons envoyé des demandes à tous les centres possibles.

Quand je suis allé la voir, elle avait un air grave et triste et me disait « je craque » et m’a dit « quand tu as une merde comme ça tu ne redeviendra jamais normal » et s’est mise à pleurer en me disant que de toute façon je ne comprenais rien.

Elle ne supporte plus d’être attachée à son lit, alors, on lui a détaché les bras tant qu’il y avait quelqu’un à côté d’elle.

Elisabeth est passée la voir et lui a apporté de la crème pour ses mains et lui a fait un massage des mains et un massage des pieds. Ça lui a fait beaucoup de bien et l’a détendue.

Au moment où je partais, l’assistante sociale est venu nous dire qu’il y avait une place pour elle au Bourget et qu’il fallait que son médecin donne son accord pour qu’elle puisse quitter Beaujon.

C’est une excellente nouvelle d’autant que plus la rééducation commence vite, plus il est possible de récupérer.

Nous regrettons toujours de ne pas avoir d’informations sur son état de santé.

Si je vais mieux, j’irai demain.

Je viens de l’avoir au téléphone et elle m’a prévenu qu’elle allait prendre un taxi et arriver dans l’heure.

Je voudrais rappeler que son état est extrêmement grave et que même si elle sourit ou dit des conneries, ses fonctions cognitives sont endommagées et nous n’avons pas encore de visibilité sur la partie physio motrice.

Alors, s’il vous plait, soyez doux avec elle quand vous passez la voir et essayer d’éviter tout sujet ou action qui puisse générer une grande excitation de sa part.

Merci pour elle.

 

Jeudi 14 Décembre

Deux nouvelles importantes ce jour :

Normalement, elle a une place en rééducation dès lundi prochain au Bourget.

Je suis très malade avec la grippe, et je réquisitionne Margot pour écrire ces mots.

Mercredi 13 Décembre

Aujourd’hui, nous allons essayer d’obtenir des informations précises et je vais tenter de faire le siège du bureau de l’assistante sociale (c’est pas gagné, la dernière que j’ai assiégée doit encore s’en rappeler).

L’objectif, au delà de savoir ce qu’ils ont prévu de faire, c’est d’arriver à lui trouver une place dans le meilleur service de rééducation, à savoir, en région parisienne Garches. Toute aide serait appréciée.

J’ai mon ami Jean qui a fait un AVC il y a neuf mois au téléphone. Il a été en centre de rééducation à Versailles à l’hôpital de la porte verte et m’a dit que c’était vraiment un endroit parfait (même Garches où il est maintenant en ambulatoire lui a confirmé).

J’ai eu aussi l’assistante sociale de Beaujon à qui j’en ai parlé et qui va faire une demande pour Versailles (même si ils sont extrêmement sectorisés). En revanche, elle m’a annoncée que cet après-midi, le médecin du centre de rééducation de l’hôpital Nord 92 à Villeneuve la Garenne allait passer la voir et que pour elle c’est un excellent centre de rééducation.

Bon, elle a intérêt à faire bon effet.

J’ai rendez-vous avec l’assistante sociale demain à 16h.

Un petit complément, elle a été placée en neurochirurgie en attente de trouver une place en rééducation car les médecins considèrent que son état est stabilisé.

Il semble que ce soit la procédure normale mais, ce qui est le plus désagréable, c’est de ne pas pouvoir obtenir la moindre information sur son état de santé, en particulier sur le caillot ou ce qu’il en reste.

Sinon, je n’ai pas pu aller la voir aujourd’hui mais elle a reçu pas mal de visites.

Ceux et celles qui l’ont vu l’ont trouvée fatiguée mais pleine d’humour.

A un moment elle a exprimé à une de ses visiteuse qu’elle avait froid aux pieds et j’ai été informé par SMS. J’ai répondu qu’il y avait une paire de chaussettes dans sa valise rangée dans le placard.

Opération pieds réchauffés réussie.

Grace à Vincent et à la magie du GSM, je viens de l’avoir au téléphone.

Quand je lui ai demandé comment s’était passée sa journée, elle m’a répondu « allongée » et elle m’a dit qu’elle avait vu six personnes.

Le dîner arrivant, Vincent restait pour la nourrir.

Mardi 12 Décembre

Yann a eu l’hôpital au téléphone ce midi. Il n’a pas réussi à joindre un médecin.

Hier on lui a dit d’appeler vers 14h, aujourd’hui on lui dit d’appeler vers 18h… C’est quoi ce cirque ?

L’infirmière avec qui il a discuté lui a dit qu’elle se reposait et qu’elle était plus calme qu’hier.

J’y serai en fin de journée.

Avec les grèves de RER Paris était un enfer de bouchons.

J’arrive assez tard. Son amie Catherine est là et elle lui donne à manger. Avec des rires, elle demande un petit coup à boire, et pas de l’eau.

Quand Catherine est arrivée, elle l’a saluée par « Salut ma Cath ».

Elle me demande comment va le chat et me dit que les infirmières l’énervent.

Je la trouve souriante et détendue malgré son œil droit qu’elle garde souvent fermé.

Elle mange bien dit « c’est dégueulasse » mais n’en laisse pas une miette. Elle rigole.

Elle nous dit que Clément est passé dans la journée et qu’il a rendez-vous ce soir à France Culture pour un stage. Pourtant, je ne trouve pas de trace du passage de Clément dans le cahier que j’ai laissé à son chevet.

Catherine lui dit que c’est bientôt Noël. Elle répond que ça tombe très bien car elle n’a pas de cadeaux.

Puis son humeur change, elle s’énerve sur ses attaches, dit que je ne comprend rien à rien et demande à Catherine de lui gratter le dos.

Elle dit « allez, on dégage » pour exprimer qu’elle veut rester toute seule.

Elle récite son numéro de téléphone et dit « zou, celui-la, terminé, je m’en débarrasse » et demande à rentre à la maison.

Catherine lui demande si elle l’autorise à venir lui faire des massages relaxants et nous partons.

Entre temps, j’ai réussi d’abord à voir l’interne de garde qui ne sait rien du tout, puis à coincer un médecin qui partait, afin d’avoir un peu d’information sur ce qui est prévu, sur son état de santé, sur les investigations qu’ils devraient lui faire passer.

Quand j’évoque son AVC, il dit ah bon… Et surtout me dit qu’elle est là en attente d’une place dans un centre de rééducation. Et là, il y a déjà eu une dizaine de demandes qui répondaient par la négative au prétexte que sa famille n’était pas sur le secteur…

Quand je lui parle de Garches, il me répond : « mais mon pauvre monsieur, c’est la période d’affluence, et puis vous n’y aurez pas de place… et l’assistante sociale ne vous a pas contacté ? »

L’impression qui en ressort c’est qu’ils l’ont mis dans une salle d’attente, attachée à son lit.

Pour finir, Catherine qui est infirmière hygiéniste a noté qu’à l’entrée de sa chambre, sur le chariot, il y avait des gants et un petit mot indiquant qu’il fallait prendre certaines précautions avec elle. De par son habitude, pour elle, ce serait le signe d’une bactérie multi résistante (BMR) et que là, on aurait du être prévenus.

Nous n’avons aucune information ! C’est pas cool du tout.

Demain après-midi, je fais le siège du bureau de l’assistante sociale.

Lundi 11 Décembre

Yann vient d’avoir l’hôpital au téléphone. Les médecins n’étaient pas disponibles mais il a eu son infirmière qui lui a dit que globalement tout allait bien mais qu’elle était très agitée. De plus, elle lui a demandé si elle savait pourquoi et comment elle était là et n’a obtenu aucune réponse (bon, il faut être réaliste, ça ne fait que quelques jours qu’elle est sortie de réanimation).

Je vais la voir en fin d’après-midi et sur le chemin je vais acheter un cahier que je laisserai dans sa chambre avec un stylo afin que les gens qui passent la voir puissent laisser la trace de leur passage et des messages (merci à Coco, Jacky et Sylvie pour les petits papiers que je mettrai dans le cahier).

J’ai laissé le cahier avec deux stylos sur sa table de chevet.

Quand je suis arrivé, elle dormait. Elle a ouvert les yeux et m’a dit « kikou, ça va, t’es beau ».

Ensuite elle ma demandé de lui gratter son dos plein de boutons/piqûres (à creuser).

Elle avait la voix claire.

Je lui ai dit bonjour de la part de Michel et de Robert. Elle m’a répondu « super ».

Je lui ai expliqué que je prenais des notes pour Yann et elle m’a demandé si il était sur Paris.

Je l’ai questionnée sur ses douleurs et elle m’a dit qu’elle avait mal partout. Quand je lui ai demandé ce que faisaient ses pieds, elle m’a répondu « ce qui est sur c’est qu’ils me cherchent partout ». Puis elle m’a dit « Je craque, je craque ».

Elle avait soif, je lui ai donné à boire puis elle m’a re demandé de lui gratter le dos, les bras et la paume de sa main droite pleine d’eczéma.

Ensuite, elle m’a demandé de lui expliquer ce qu’elle faisait là. Je lui ai re raconté toute l’histoire et à chaque épisode, elle a acquiescé par « c’est incroyable ».

Elle m’a dit « tu peux me dire ce que tu es en train d’écrire parce que c’est important de savoir ». Je lui ai expliqué que je prenais des notes et que j’avais fait un site web dédié pour tenir tout le monde au courant. Elle m’a dit « c’est gentil ».

Elle m’a demandé où était sa voiture et comment allait ma fille, ma sœur et son fils.

Et son regard a changé et elle m’a demandé d’arrêter de la regarder, d’arrêter de sourire car ça l’énervait.

Quand je lui ai dit que je partais et que je revenais demain, elle s’est énervée et m’a dit « j’ai envie de pleurer » puis m’a demandé de la détacher de son lit.

Elle est très fatiguée et son humeur peut changer en quelques secondes. Alors, si vous passez la voir, soyez vigilants et dès que vous voyez qu’elle fatigue, laissez la se reposer.

Dimanche 10 Décembre

Encore une nouvelle journée.

Cet après-midi, je l’ai trouvée plus souriante et détendue qu’hier. Mais c’était normal, ils venaient de la transporter de la réa.

Les mots du jour : « je suis contente de te voir mon chouchidou », « comment va le chat », « as tu des nouvelles de Clément ».

Puis « tu peux me dire »… et quand je lui demande quoi, elle se met à chantonner et à claquer la langue et quand je lui demande quelle est sa question, elle me dit qu’elle ne se rappelle plus et se remet à chantonner.

Comme j’essaye de tout noter sur mon téléphone, elle me demande ce que je regarde.

L’aide soignante vient pour lui prendre sa tension et lui demande sur une échelle de 1 à 10 si elle a mal.

Elle répond 5 avec des douleurs musculaires.

Elle est moins agitée mais continue à avoir des soubresauts dans ses jambes et des balancements du corps.

Je lui lit un petit chapitre de son livre sur le chat zen. Le chat s’appelant Zorro, une fois le chapitre lu, elle me chante « Un cavalier qui surgit hors de la nuit… ».

AU moment de partir, je lui dit que je reviens demain et elle me demande des maquereaux. Je lui demande pour quoi faire, elle me répond par un geste signifiant pour les manger.

Demain, nous en saurons plus car il y aura une réunion de l’équipe médicale pour savoir la trajectoire qu’ils vont décider.

Samedi 9 Décembre

Déjà 3 semaines depuis sa chute.

Ils ont commencé à lui enlever ses agrafes.

Je viens de voir l’interne de garde ce weekend. Il ne se passera rien avant lundi où ils établiront sa trajectoire.;

Là elle se repose. C’est une toute petite chose fragile recroquevillée dans son grand lit

Quand elle s’est réveillée, je lui ai dit « Bonjour madame doudou » et elle m’a répondu « Bonjour monsieur doudou » et m’a pris la main.

Je lui ai demandé si elle savait pourquoi elle était ici et lui ai raconté rapidement l’accident, le SAMU, la réanimation, son arrêt cardiaque. A chaque phrase elle acquiesçait par un « ça, c’est incroyable » puis au bout d’un moment, elle s’est tournée de l’autre côté.

J’ai réussi à trouver une aide soignante à qui j’ai indiqué que j’avais mis une valisette dans l’armoire et une trousse de toilette avec des produits doux et des crèmes dans la salle d’eau.

Au moment de la quitter, elle m’a redit sa phrase fétiche : « c’est le bordel ».

Dans le couloir j’ai rencontré son infirmière qui m’a expliqué quel était son traitement actuel et qu’elle avait du arrêter d’enlever les agrafes car c’était très douloureux, et qu’elle continuerait au fur et à mesure.

Vendredi 8 Décembre

Yann a eu son kiné au téléphone. Globalement elle va bien mais elle est extrêmement fatiguée et a besoin de repos.

Nous y allons cette après-midi.

Nous venons d’arriver à l’hôpital. Elle est en transit de la réa vers la neurochir. 8ème étage chambre 18.

Son infirmière nous a suggéré de lui préparer une trousse de toilette avec du shampoing, du gel douche et des crèmes pour sa peau.

Son lit arrive dans sa nouvelle chambre, le temps qu’ils l’installent et nous allons la voir.

Elle a des mouvements incontrôlés des jambes associés à une espèce de balancement de son corps.

Elle est très fatiguée mais elle sourit et ses propos et sa voix sont plus clairs.

Je lui demande si elle a reçu de la visite aujourd’hui, elle me répond que oui mais ne se rappelle plus qui est venu et me demande : « comment va Clément ».

Je vais chercher Delphine et Julien car ils repartent chez eux demain.

Delphine lui explique que Zougui (le chat) est inquiète car nous avons fait du rangement pour pouvoir lui faire une valise avec les affaires qu’elle aime.

Elle lui dit aussi qu’on lui a apporté ses lunettes.

Sa réponse est immédiate : « Femme à lunettes, femme à #{[[{||« \`\\ »

(suite à une demande particulière, nous avons été obligés de censurer ces propos).

Compte tenu du peu de temps depuis lequel elle est sortie du coma, ses progrès peuvent sembler remarquables pour certains d’entre-vous.

Il faut cependant garder à l’esprit la gravité de son état qui va nécessiter de longues journées d’investigation et certainement encore beaucoup d’autres de rééducation.

Maintenant qu’elle est en neurochirurgie, les explorations de l’état de son cerveau vont pouvoir commencer pour mettre en évidence les lésions qu’elle a eu pour envisager les conséquences.